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16 mars 2016

Avec le projet de loi El Khomri - Macron - Valls - Hollande, le travail du salarié devient sans mémoire.

Le projet de loi de la ministre des CDD Myriam El Khomri ne divise que les professionnels de la communication sur comment faire adopter cette loi. Pour les autres parties prenantes de la société, cette réforme du Code du Travail ne fait pas polémique. Tous sont unanimes sur la précarité qu'engendrera cette escalade dans l'abandon de la professionnalité.

Depuis la première caisse enregistreuse aux derniers algorithmes, le monde du travail s'est d'abord industrialisé et aujourd'hui il se numérise. Simplement après avoir énoncé cette évidence, il convient alors de s'interroger sur la notion de progrès et de ses subtilités.

Il ne s'agit pas de se déclarer technophile ou technophobe, ce binarisme est peut-être l'apanage de nos outils informatiques du quotidien, il est d'une extrême pauvreté pour n'importe quel cerveau humain. Comme le soulignait déjà Flaubert "Comparaison n'est pas raison" ou autrement exprimé pourquoi comparer l'art Pariétal avec l'art Numérique ?

Il ne s'agit pas de déterminer quel art mérite ou non une majuscule, mais d'admettre que chacun véhicule une idée du progrès, la question devient alors : prédire qu'est-ce que le progrès commence par définir le but de l'Histoire.

Des outils crées par la main de l'homme à ceux conçus par les machines puis les algorithmes et les robots, le progrès s'est révélé très utile pour développer la productivité d'Henri Ford et l'étude du 20e siècle nous montre à quel point les notions de progrès scientifiques et techniques se sont répandues dans la société quand les notions de progrès humains et d'amélioration de la condition de vie semblent être devenues des éléments de décor et non un but de l'Histoire de l'Homme comme c'était le cas au siècle des Lumières.

Savez-vous que l'objectif de Frederick Taylor était avant tout de mettre un terme aux conflits permanents entre des patrons excédés par l'oisiveté potentielle des salariés et ces fameux salariés qui exigeaient un meilleur salaire pour se montrer plus engagés dans leurs tâches et la réussite de l'entreprise ?

C'est ainsi qu'est née l'organisation scientifique du travail (OST) avec les corollaires de segmentation des tâches jusqu'à en faire des automatismes avant le remplacement par des automates. Or, il ne faut pas oublier qu'à la même époque les sciences sont organisées en silo, en champs disciplinaires, nulle inter ou transdisciplinarité, les logiques sont mécanistes (Causes, conséquences, corrélations), la complexité et la transdisciplinarité n'arrivant qu'à la fin du 20e siècle comme le big data.

Or, s'il est incontestable que le taylorisme jusqu'au toyotisme et maintenant l'uberisme ont permis une augmentation de la productivité et des profits, il est tout autant incontestable que des ouvriers d'hier aux cadres d'aujourd'hui, les algorithmes et robots dépossèdent ces mêmes salariés de leur travail, de leur professionnalité et inventivité.

L'un des effets de la mondialisation est la concurrence accrue rendue possible par une certaine généralisation des savoirs. Les entreprises de chaque pays sont mises en concurrence et encore plus avec le numérique où la distance maximale est d'un seul clic. Chaque entreprise est le plus souvent équipée d'ordinateurs, analysent ses données ce qui induit aussi que chaque manager, chaque salarié ne décide plus, ne choisit plus en fonction de la meilleure solution mais de la solution la plus facilement justifiable par les données. 
Idéal si ces fameuses données visibles ne faisaient pas tant abstraction du travail invisible (décrit par Christophe Dejours). Si je devais faire une comparaison, je choisirais celle de l'étude de l'univers où la matière noire est plus présente que la matière que nous savons étudier avec les outils d'aujourd'hui. 

L'une des spécificités de l'entreprise d'aujourd'hui réside dans sa capacité à avoir su matérialiser puis dématérialiser avec le numérique le travail mais cette capture et cette concrétisation par sa capitalisation ne constituent alors que notre héritage scientifique et technique. Je reviens à une de mes questions posées, qu'en est-il du progrès humain et de l'amélioration des conditions de vie ?

Quand les entreprises se dotent de directions du bonheur, de campagnes communicationnelles 'J'aime ma boite' et organisent régulièrement des salons professionnels : Bien-être et Entreprise, force est de constater également la prévalence de l'épuisement professionnel des salariés (Burn out), l'augmentation des suicides au travail ou à sa suite ou la déshumanisation croissante dans de plus en plus de secteurs. Et ce à un tel niveau qu'il faille nommer une loi Dialogue Social dans l'entreprise tant les rapports contrairement à l'objectif initial de Taylor se sont tendus ces dernières années et qu'il faudra surement revenir légiférer pour repréciser l'importance de distinguer la personnalité des attendus professionnels et des compétences, les qualités de la personne de celles du professionnel en exercice, la sphère privée et intime de la sphère professionnelle et sociale.

Dans le projet de Loi proposée par Myriam El Khomri : 

  • Quels sont les articles de loi qui s'appuient sur les spécificités du droit français (héritage de son histoire) ? 
  • Quels sont les indicateurs économiques retenus qui permettent de rédiger ces articles de loi alors que ces indicateurs n'ont pas été débattus démocratiquement ?

Comme la réforme du Code du travail ne vise qu'une meilleure efficacité, voire efficience de la loi, qu'en est-il de son évaluation ? 

Aucune étude n'existe pour affirmer que diminuer la protection des salariés permet une baisse du chômage, même l'OCDE et la banque mondiale conviennent de cela. 

D'après vous*, est-ce les normes qui permettent une meilleure inventivité dans la productivité ou la productivité doit-elle s'affranchir des normes salariales pour maximiser les profits des bénéficiaires de cette capitalisation ?

* Vous avez le droit de proposer une autre question d'ouverture si vous trouvez ma proposition trop binaire. 


Pour aller plus loin :


14 mars 2016

La réforme du Code du Travail et la prise de décision dans un contexte d'urgence, de risques et complexe.

La réforme du Code du Travail

Depuis sa création en 1906, suite à l'accident à Courrières où plus de 1 099 ouvriers périrent, le Code du Travail est une des pièces du puzzle législatif et réglementaire de la vie des salariés du "privé". Il s'intercale entre les normes internationales et européennes et les accords de Branches et d'entreprises.

En 2016, le projet de loi de Myriam El Khomri vise à réformer le Code du Travail. Cette réforme est dans la continuité des directives européennes, et elles-mêmes suivent les recommandations du rapport Doing Business de la Banque Mondiale.

Suite à ce projet de loi, un mouvement citoyen est né sur les réseaux sociaux entre une pétition en ligne et une vidéo de youtubers avec le mot clé #onvautmieuxqueca sur Twitter.

D'abord débordés, les syndicats tentent de reprendre la main sur cette initiative citoyenne tout en affichant leurs divisions sur ce projet de loi. Certains souhaitant le retrait du texte, d'autres préférant procéder par amendements.

Une première manifestation le 9 mars a donné lieu a des rencontres entre présidents d'associations et membres du gouvernement et une seconde manifestation est programmée le 17 mars.


Même en se basant sur les seuls chiffres de la police, les manifestations du 9 mars sont un succès et se distinguent des autres manifestations françaises pour deux raisons :
  
  1. L'initiative de ce mouvement est citoyenne et non politique ou syndicale avec la pétition en ligne de Caroline de Haas sur Change.org et l'appel des youtubers avec #onvautmieuxqueca sur Twitter, 
  2. La participation de villes moyennes comme Bourg en Bresse (1000 manifestants), Le Mans (1000 manifestants) ou encore Perpignan (3000 manifestants), ce qui en montre le caractère généralisé.

Cette particularité précisée, la réforme du code du travail interroge chacun à des degrés divers tant les attentes des chômeurs, des salariés, des indépendants, des entrepreneurs, des managers et des dirigeants de la TPE aux grands groupes peuvent être considérées comme différentes, voire en contradiction ou opposition alors que la loi ne vise qu'à dessiner la carte du territoire.

A noter que Caroline de Haas qui fait partie du trio qui a lancé la pétition contre le projet de loi est l'invitée des plateaux TV mais pas des interlocuteurs du gouvernement. De même pour les youtubers.




L'étude des prises de décision dans des contextes d'urgence, de risques et complexe d'après les scientifiques Klein, Lebraty, Pastorelli, Endsley qui ont menés différentes études sur ce sujet de 1998 à 2004.




L'urgence avec les faillites d'entreprise, le chômage de masse, mais aussi des carnets de commande en berne (Sur-équipement), des salariés de plus en plus désengagés, des secteurs économiques où l'ubérisation rime avec précarisation généralisée. 

Les risques multiples entre la peur du chômage et son déclassement associé, la peur de ne pouvoir licencier à moindre coûts en cas de retournement économique conjoncturel (faiblesse de la demande , faiblesse du pouvoir d'achat), structurel (automatisation, digitalisation, ...), frictionnel (Délais de recrutement, Pénurie de candidats formés, ...) sans oublier le climat anxiogène généralisé avec la gestion politique et médiatique des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et à Saint-Denis.

Complexe entre la législation internationale sur le droit du travail et les dynamiques actuelles avec comme marqueurs principaux les rapports Doing Business de la Banque Mondiale, les directives européennes en économie et emploi et les solutions mises en œuvre par les gouvernements français successifs.

L'expert face à une situation d'urgence, risquée et complexe commence par faire une comparaison instinctive avec ce qu'il a déjà vécu et appris auparavant. (Notre cerveau ne sait faire qu'une seule chose : RELIER).

Or, s'il y a bien un point qui fait consensus est le fait que le numérique révolutionne notre monde. Il apporte de l'inédit. Ainsi, l'expert mais par extension vous comme nous, se retrouve face à sa faiblesse : relier. 

Les raisonnements par analogie et ceux relevant d'une logique mécaniste (Causes - Conséquences - Corrélations) ne fonctionnent pas pour analyser une situation complexe.
Cela reviendrait à étudier l'univers avec les outils d'analyse datant d'avant Copernic (l'époque où la Terre est plate).

De 1906 à 2016, nul besoin de connaître l'histoire détaillée du monde du travail, quelques images suffiront à montrer ses évolutions et révolutions.

1906
1960
1990


2016


Comment peut-on comparer les conséquences connues de l'industrialisation avec celles de la digitalisation que nous vivons ?

Quand les solutions habituelles ne fonctionnent plus ou pas, l'expert va alors apporter des propositions et des solutions potentielles au lieu d'améliorer sa compréhension de la situation et de comparer les alternatives. Il commet ainsi l'erreur de procéder par analogie dans un environnement complexe puisque la somme des critères divergents démontre bien le fait d'être face à deux situations différentes et non analogues. Les solutions potentielles sont impossibles à comparer.

Dernier point, l'expert contrairement au politique, justifiera ses décisions  en suivant une méthode analytique mécaniste qui seule garantira la justification de ses actes en cas d'échec en fonctionnant par silo.


Pour aller plus loin :