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7 janv. 2020

De Charlie et la Daeshetterie à Nathan le Chahid : La crise humanitaire de la liberté d'expression

Le 7 janvier 2015 vers 11h30, les frères Kouachi entrent dans les locaux de Charlie Hebdo et font usage de leur kalachnikov.



Parmi les victimes se trouvent les dessinateurs Charb, Cabu, Honoré, Wolinski, l'économiste Bernard Maris, la psychanalyste et chroniqueuse Elsa Cayat, Michel Renaud, invité de la rédaction, le correcteur Mustapha Ourrad, deux policiers Franck Brinsolaro et Ahmed Merabet, et l'agent de maintenance Frédéric Boisseau.


Le 8 janvier 2015, Amedy Coulibaly, un français proche des frères Kouachi, tue par balle Clarisssa Jean-Philippe, une policière municipale à Montrouge. Le lendemain, il prend en otage les clients d'une supérette casher à la porte de Vincennes à Paris et en tue quatre, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab et François-Michel Saada. Il est abattu lors d'un assaut du RAID et de la BRI. Il affirmait agir au nom de l'organisation djihadiste Daesh.

Edwy Plenel et le terrorisme

Edwy Plenel, après avoir appelé à défendre inconditionnellement les terroristes de l'attentat tuant 11 athlètes israéliens à Munich en 1972, tweetera en 2015 à propos des Frères Kouachi. En 2017, il accusera le journal Charlie Hebdo de faire "la guerre aux musulmans", ce qui sera qualifié par Riss, un survivant de l'attentat comme un nouvel appel au meurtre contre lui et son équipe.


Le terrorisme en débat binaire
 
En ce jour de commémoration de l'attentat qui a frappé Charlie Hebdo et fait douze morts, le hashtag #JeSuisCharlie refait son apparition sur les réseaux sociaux.
Une partie de la population française réaffirme son attachement à #JeSuisCharlie et une minorité quant à elle y réaffirme son opposition en expliquant qu'il s'agit d'une injonction qu'elle est libre de ne pas suivre. Une partie radicale de cette minorité va jusqu'à twitter la justification des attentats avec #JeSuisKouachi. L'équipe actuelle de Charlie Hebdo publie un numéro sur les nouvelles censures et de nombreux journaux ont publié des articles sur le droit au blasphème, la liberté d'expression et les projets de conquête des islamistes en Europe.

Les débats en France lors d'une attaque au couteau, à la voiture ou à la kalachnikov au cri d'Allahu Akbar posent la question de la santé mentale versus le terrorisme. Certains pensent se poser en sages en expliquant que les deux peuvent être liés.
A chaque attentat islamiste, les discours insistent sur la priorité de ne pas stigmatiser les musulmans et le recours à l'argument du déséquilibré, éludant la stigmatisation des personnes ayant des pathologies psychiatriques, fait son apparition suivant les analyses et instrumentalisations diverses autant par des associatifs que par des politiques.
Il est facile de se rendre compte que ce double binarisme sur qui est ou peut être stigmatisé et sur qui instrumentalise ne permet pas d'analyser les événements mais enfermera chacun dans les clichés et les préjugés.
Dans une société française de plus en plus sectaire et ignorante s'opère une réduction de l'altérité, de la circulation des idées, des images et des discours.

Raphaël Enthoven débat de la liberté d'expression

A titre d'exemple pour illustrer notre propos, le thread du professeur de philosophie Raphaël Enthoven :
0 - En cet anniversaire lugubre, et avant de se taire un peu, il convient de rappeler quelques évidences malmenées. #Charlie Hebdo
1 - Ce que montre Charlie Hebbo est libertaire. Et nul n'est tenu d'aimer ça. Mais ce que représente Charlie Hebdo est la liberté. Et chacun doit défendre ça. Suspendre le soutien à CH au contenu de ses dessins, c'est transformer une affaire de principe en question de goût.
2 - Les gens qui accusent Charlie Hebdo de "jeter de l'huile sur le feu" oublient un peu vite que le problème, c'est le feu. Pas l'huile. Quand un plat est empoisonné, celui qui met les pieds dedans est un bienfaiteur.
3 - Ceux qui disent "Ce n'est pas le moment de se moquer..."auront toujours une raison de dire ça. Jamais la société ne sera assez pacifiée pour qu'on se moque les uns des autres sans vexer qui que ce soit. Dire "Ce n'est pas le moment" = "dire "Ce n'est jamais le moment".
4 - Les gens qui disent "La liberté de la presse ? Oui, mais attention au blasphème !" ne sont pas des gens mesurés, mais des lâches qui donnent à leur trouille les contours flatteurs de la pondération. Et dorment tranquilles après avoir botté en touche.
5 - Les gens qui disent "Bien sûr, c'est horrible mais enfin, ils ne l'ont pas volé non plus !" ressemblent (en plus dramatique encore) à ceux qui, en cas de viol, s'en prennent à la tenue de la victime avant de dénoncer son agresseur.
6 - Les gens qui trouvent des excuses aux assassins en les présentant d'abord (ou aussi) comme les victimes de la société confondent l'excuse et l'explication. Hitler aussi a eu une enfance difficile. Ce qui explique bien des choses mais n'excuse rien.
7 - Le mot "islamophobie" est une arnaque verbale dont la raison d'être est de neutraliser le dialogue en faisant passer la (légitime) critique d'une religion pour l'ignoble haine de ses pratiquants #Charb.
8 - Les vrais "islamophobes" ne sont pas les gens qui moquent de l'Islam, mais les gens qui méprisent les musulmans au point de les croire incapables d'humour.
9 - Les véritables "blasphémateurs" ne sont pas les caricaturisstes mais les impies intégristes qui croient que Dieu se vexe comme eux ou qu'il a besoin de leur aide. "Le besoin d'un foi puissante n'est pas la preuve d'une foi puissante, mais du contraire" (Nietzsche)
10  - Les intégristes sont la honte de l'Islam et les indécis sont la honte de la République. Mais les premiers ne sont dangereux que lorsque ce sont les seconds qui gouvernent.

Charlie, la Chocolaterie et l'Ordre moral

Nous n'allons pas expliciter les biais et sophismes de son argumentation, mais juste affirmer que sous couvert de l'argument d'autorité "Professeur de philosophie", ce thread de Raphaël Enthoven indique le seul moyen possible pour parler du monde, le montrer, le penser et dicter une morale presque totalitaire au détriment des multiples formes possibles de différences et d'altérités.

Dans Charlie et la Chocolaterie de Tim Burton, nombreux se sont émus que l'adaptation cinématographique se soit autant éloignée du livre qui permettait à quiconque son interprétation  des personnages et du récit. Dans le film de Tim Burton, les personnages ne sont pas équivoques et complexes. D'un côté, quatre enfants riches ayant un des 7 pêchés capitaux, et de l'autre, l'unique pauvre, une sorte de ravi du village, ayant eu la chance d'avoir un ticket d'Or au troisième essai. Il gagnera grâce à sa naïveté, son émerveillement et sa croyance dans ses rêves d'enfant.



Suite à l'attentat de Charlie Hebdo, le Président de la République Française François Hollande, soucieux de laisser une trace dans l'Histoire de France, organisa avec de nombreux Chefs d'Etat, une marche le 11 janvier 2015 dont les photos firent le tour du monde.

Du choix de la Marseillaise à la mise à l'écart de la Présidente de l'extrême-droite Marine Le Pen et à la présence de représentants de pays où le blasphème vaut  condamnation et la liberté de la presse quasi-inexistante, de nombreuses polémiques quant à l'interprétation de cette marche sont nées. Emmanuel Todd avec son livre Qui est Charlie ? Sociologie d'une crise religieuse va créer une polémique surplombant les autres.

De Charlie et la Daeshetterie à Nathan le Chahid

Le 3 janvier 2020 vers 14 heures, Nathan C muni d'un couteau attaque plusieurs passants dans le parc des Hautes-Bruyères à Villejuif (94 - Val de Marne). Il épargnera un musulman capable de réciter une sourate et tuera un homme, Janusz Michalsky, au cri d'Allahu Akbar. D'abord annoncé comme déséquilibré en raison de son passé en hôpital psychiatrique, le parquet anti-terroriste se saisit de l'affaire. Nathan est un fils de hauts fonctionnaires français, brillant étudiant et fraîchement converti à l'Islam.

Nathan le Chahid fait penser au double maléfique de Nathan le Sage, une pièce de Lessing, un franc-maçon allemand faisant partie du mouvement Aufklärung, l'équivalent des Lumières en France.

Dans Nathan le Sage, Lessing pose une question et met en réflexion la parabole des trois anneaux.


"Le chrétien et le juif sont-ils chrétien et juif avant d'être hommes?"

En 2020, le gouvernement français se demande si les juifs, les musulmans et les catholiques sont des français juifs, des français musulmans et des français catholiques ou des Juifs de France, des Musulmans de France et des Catholiques de France. Quid de la majorité des citoyens français qui est à 29 % Athées et 34 % sans religion, soit un total de 63 % de citoyens non cléricaux selon l'enquête 2015 de Gallup International.

La parabole de l'anneau est considérée comme un des textes clefs de la philosophie des  Lumières et comme l'expression de l'idée de tolérance.

Un homme se fait faire un anneau qui détient le pouvoir de susciter l’amour pour celui qui le porte et qu’il lègue à son fils préféré en lui enjoignant de faire de même. L’anneau est transmis ainsi de père en fils jusqu’au jour où il échoit à un père également attaché à ses trois enfants. Se voyant mourir, il fait faire deux anneaux neufs par un orfèvre, et remet un anneau en secret à chacun de ses fils. Le père mort, les trois fils se disputent l’héritage, chacun persuadé de détenir l’anneau véritable.

Ne trouvant pas de compromis possible, puisque chacun détient la vérité de la bouche de son père et qu’il ne peut donc la remettre en question sans accuser ce père bien-aimé de lui avoir menti, les frères demandent au juge un arbitrage. Le juge remarque que l’anneau a la réputation de susciter l’amour de Dieu et des hommes, et qu’il suffit d’attendre pour voir quel anneau est efficace, à moins que le père n’ait fait fabriquer trois anneaux neufs et que l’anneau originel ne soit perdu. Il invite donc les frères à travailler pour l’avenir en s’efforçant de rendre les générations à venir les plus vertueuses possible.

Dans cette parabole on peut voir le père comme une représentation de Dieu, les trois fils étant les trois religions monothéistes, judaïsme, christianisme et Islam. Comme le père aime également ses trois fils, Dieu aime également les trois religions alors que celles-ci se disputent et prétendent chacune détenir la vérité au lieu d’imiter l’amour dont le père a témoigné à leur égard. Dans l’hypothèse où les trois anneaux seraient neufs le père apparaît comme le représentant d’une religion originelle ou idéale désormais perdue, et les fils comme trois religions révélées, historiques, également proches ou éloignées de la vérité première. Dans cette dernière perspective le juge représente Dieu qui recommande aux hommes de se préoccuper de l’éducation de leurs propres enfants au lieu de leur donner l’exemple détestable de ces querelles.

Du pluralisme des religions à la pluralité des interprétations ? 

L’étroitesse d’esprit, le dogmatisme, l’intolérance, le fanatisme sont, à des degrés divers, des formes d’enfermement dans un schéma mental.
Si la promotion d’un modèle théorique (la conviction qu’en dehors de mon approche, point de salut) est une dérive facile à comprendre, et aujourd’hui la plus dénoncée sur la place publique, l’autre dérive est probablement plus secrète et plus difficile à débusquer. On peut prendre comme exemple le psychologue qui est persuadé que tout déséquilibre psychique, tout symptôme, tout trouble de la conduite, s’origine dans un traumatisme infantile.
Dans le cours de la thérapie, il s’attendra à ce qu’un traumatisme soit évoqué, et, s’il ne l’est pas directement ou s’il tarde à venir, il aura tôt fait d’interpréter dans ce sens ce qu’il prend pour des signes. Là, enfin, on tient l’explication ! ("Le poumon, vous dis-je ! ")
Et le traumatisme clé, aujourd’hui, c’est évidemment d’avoir été sexuellement abusé. D’où la multiplication des procès rétroactifs que l’on a vu d’abord aux États-Unis, mais qui envahissent aujourd’hui l’Europe, où des membres de la famille (généralement des pères) sont traînés dans la boue, voire incarcérés, pour des souvenirs de leur progéniture qui relèvent plus souvent de fantasmes que de la réalité.
D’où aussi la contre-attaque des scientifiques qui ont démontré et démonté les mécanismes du " souvenir induit ", ou faux souvenir. Dans cet exemple de déviance, le principe moral et la théorie se rejoignent, comme souvent d’ailleurs. Nous avons donc pointé ici un autre exemple des dérives possibles de l’interprétation

Terrorisme et interprétations psychiatriques 

L’écho inédit trouvé par la trame narrative et scopique proposée par Daech s'explique par son adéquation avec les affres des subjectivités contemporaines et la faible pluralité interprétative. 

La dissolution d'un "Moi" inconsistant en un "Moi Idéal" nihiliste est-elle la clef de compréhension de ce que l’on nomme actuellement "radicalisation", dans sa forme la plus extrême, celle des demandeurs de martyre, les chahids ?
Il faut accéder à la pluralité interprétative : devenir capable de manipuler ses propres représentations et ses idées pour adopter, au moins temporairement et en imagination, d'autres points de vue que le sien. 
Car si les frères Kouachi étaient issus de milieux modestes comme le relatait Edwy Plenel, ce n'est pas le cas de Nathan le Chahid ou un Ben Laden. Les limites de l'explication sociale se montrent et démontrent facilement.

Les ressorts psychiques d'un processus de passage à l'acte mortifère avec l'addiction, le préjudice, les dialectiques avec un Idéal rédempteur interrogent aussi les formes de mélancolies contemporaines   chez certains sujets qui ne parviennent au sentiment d'existence que dans le projet d'une mort divine comme l'explique Sabine Riss, psychologue clinicienne en milieu carcéral, lors des États généraux de la psychiatrie sur la radicalisation.

A travers  quelles formes historiques - culturelles, religieuses, artistiques - la pluralité interprétative s'est-elle incarnée et développée en France ?

Le Moyen Âge a jeté les bases de l’autorité textuelle moderne, dont la carrière s’est élargie durant la Renaissance et la Réforme. Mais, dans le même temps, on vit apparaître une certaine méfiance à l’égard de l’autorité imposée des textes, méfiance où le pluralisme occidental a trouvé l’un de ses fondements. 
Cette répugnance à l’égard d’une perspective unitaire prit la forme d’un scepticisme interprétatif, qui ne s’intéressait pas seulement aux apories logiques du langage parlé, comme c’était le cas chez son prédécesseur antique, mais aussi aux apories logiques présentes dans l’écrit, dans les descriptions ou les représentations. 
L’autorité des textes fit naître des attitudes opposées, bien résumées dans le débat sur les éléments "réels" et "nominaux" du langage, tel que l’ont promu Augustin, Ratramnus de Corbie, Anselme de Canterbury, Pierre Abélard, Duns Scott ou Guillaume d’Ockham. 
L’incapacité à établir une frontière nette entre réel et fiction devint l’un des traits caractéristiques des genres lyrique, épique et romanesque, comme en témoignent les contes à la morale ambiguë de Chaucer, Boccace ou Christine de Pisan. 
Le goût pour la pluralité des interprétations réapparut chez les plus grands auteurs de la Renaissance : chez Pétrarque, qui consacra son cycle poétique à la persona à la fois réelle et imaginaire de sa maîtresse de jadis, Laure ; chez Montaigne, dont les Essais renoncent à la prétention absolue à la vérité en faveur d’interrogations sans fin sur les opinions antérieures. 

Le 21e siècle unit en ses débuts les méthodes reconnues d’écriture de l’histoire littéraire et les aperçus ouverts sur les dimensions cognitives, émotionnelles et thérapeutiques de la lecture.
L’histoire littéraire est nécessaire à l’enseignement de la littérature dans les établissements institutionnels ; l’histoire de la lecture, de même, est devenue un domaine fréquenté de la recherche académique : il suffit de penser aux travaux de Guglielmo Cavallo, de Roger Chartier, de Malcolm Parkes, d’Armando Petrucci ou de Paul Saenger. Ces différents éléments sont associés dans des programmes qui étudient les aspects économiques et sociaux de l’industrie éditoriale. Des questions éthiques ont ouvert le domaine de la critique littéraire à la recherche juridique, biologique et écologique. On se trouve donc à un carrefour où il est possible d’envisager une discipline littéraire mettant en œuvre aussi bien les connaissances de l’histoire de la littérature que celles d’une histoire plus vaste de la lecture, qui intègre ses dimensions psychologiques et neuroscientifiques. 

Nous et Eux,  Idem et Ipsé. L'Occident et l'Orient.

Cette confrontation est prise dans une série d’illusions.

Canard ou Lapin ?
La première consiste naturellement à croire que cette immense région extérieure à la culture française serait véritablement une, qu’il serait possible de la désigner en tant qu’unité, et donc que l’on pourrait ainsi l’opposer en bloc. 
Il s’agit en effet non seulement d’une désignation sommaire, presque rudimentaire, mais aussi et surtout d’une définition négative, qui énonce seulement ce que les cultures ne sont pas. Elle ne dit presque rien de ce qui les constitue en tant que telles. 
Or, c’est bien cette logique binaire qui, le plus souvent, domine nos discours quotidiens sur l’altérité et détermine notre expérience de la différence culturelle ou sociale.

La carrière scientifique d’un ethnologue est pratiquement toujours scandée par deux étapes typiques. Pendant la première moitié de sa vie, au retour de son terrain, le jeune chercheur (ou la jeune chercheuse) s’appliquera à convaincre ses collègues que la population qu’il a étudiée est inattendue, extraordinairement singulière, unique au monde.
Plus tard, la deuxième moitié de sa carrière scientifique sera, à l’inverse, entièrement consacrée à les convaincre que cette même population n’a rien de local. Il, ou elle, la présentera, au contraire, comme paradigmatique, exemplaire d’une vaste aire culturelle, ou même porteuse de traits généralisables à l’ensemble de l’humanité. 
Les sociologues faisaient de même avant l'émergence de militants où leur idéologie notamment marxiste doit primer sur les découvertes et recherches scientifiques. Le cas des Pincon-Charlot est éloquent où ce qu'ils décrivent sur les riches, s'appliquent à toute communauté. De même pour les sociologues féministes dont une majorité en France est incapable de penser que l’agresseur dans un couple peut être la femme. Or, la psychologie évolutionnaire l'explique pourtant très bien. 

Quelles sont  les bases cérébrales et mentales d'une telle capacité chez l'enfant et l'adulte pour permettre la tolérance et le débat d'idées ?

La psychologie du développement et la psychologie cognitive se sont focalisées sur la période située entre l’acquisition du langage et l’entrée à l’école, et ont ainsi montré que les plus jeunes, dès le premier âge, manifestent avec une évidence frappante des changements dans leur perception d’eux-mêmes et des autres. Ils montrent notamment leur capacité à croire, imaginer et faire semblant, qui révèle leur accès à la distinction entre le monde et les représentations mentales du monde. Ils comprennent, de même, la différence entre apparence et réalité, expérience mentale et contenu de l’expérience, les énoncés et leur interprétation. 
Ces activités tendent à prouver qu’ils possèdent déjà une théorie de l’esprit, c’est-à-dire une théorie mentale de l’action humaine, rudimentaire mais cohérente. Les recherches sur les croyances, les désirs et les intentions chez des enfants d’âge préscolaire ont aussi mis en évidence un lien avec l’usage de règles normatives et de stratégies interprétatives.
On a pu décrire ce phénomène comme le début d’une culture de la rationalité, qui atteint, de 6 à 9 ans, un stade plus élevé, réflexif et mental, développant par exemple des croyances sur les croyances, des intentions à propos d’intentions, des émotions sur des émotions. 
Des recherches récentes au laboratoire de l'Université Paris Ouest ont montré que, chez l’enfant, la capacité à reconnaître la pluralité de points de vue, acquise entre 8 et 10 ans, ne suffisait pas à assurer le développement intellectuel de l’enfant et l’ouverture sociale sur la tolérance.
Des enfants de 9 ans qui avaient le même QI, disposaient des même capacités cognitives (y compris dans leur "théorie de l’esprit", leur capacité à se décentrer et à voir le point de vue de l’autre, ou du point de vue de l’autre), qui fréquentaient les même classes avec les même professeurs, qui appartenaient aux mêmes milieux socio-culturels, mais qui, pour certains, réussissaient bien en classe, alors que d’autres présentaient des difficultés d’apprentissage, avec leur train de problèmes annexes qui généralement prennent la forme soit de la dépression et de l’inhibition, soit de troubles du comportement. 
L'hypothèse, classique, était que les enfants en difficulté, à capacités cognitives égales, présentaient des troubles affectifs. Ce n’est pas du tout ce que a été trouvé. Ce qui faisait la différence entre ces deux groupes d’enfants, c’était la présence ou l’absence de la capacité à reconnaître et supporter un conflit, cognitif et affectif. 
Autrement dit, ce n’est parce qu’ils auraient été capables d’inhiber leur point de vue pour laisser place au point de vue de l’autre, mais bien parce qu’ils étaient capables de maintenir les deux présents simultanément, de les confronter et de douter – ainsi que de supporter l’inconfort affectif que ce doute entraîne – que certains de ces enfants avançaient à pas de géants dans leurs apprentissages comme dans les rapports sociaux. Piaget lui-même a placé au cœur du mouvement de maturation progressive de l’enfant la notion de déséquilibre. 

Peut-on l'enseigner aux enfants et comment afin qu'ils soient mieux prémunis contre les discours sectaires, les discours intégristes religieux ou mortifères ?

Par suite, c’est la frontière traditionnelle entre nature et éducation qui s’est déplacée. On a montré que le pluralisme interprétatif apparaît par étapes dans l’adolescence lorsque des forces cognitives et culturelles s’influencent réciproquement. Cette interaction est observable dans tout un ensemble de tâches cognitives, par exemple dans le raisonnement déductif et inductif accompagné de méta-conceptualisation. 

Les adolescents raisonnent par déduction, indépendamment de l’idée qu’ils se font du caractère de vérité ou non des prémisses sur lesquelles ce raisonnement est fondé ; la compréhension au méta-niveau des stratégies de raisonnement — leur but, leur puissance, leurs limitations, leurs possibilité d’applications — est au moins aussi important que de savoir, au niveau de la performance, comment appliquer ces stratégies. 
Le raisonnement par induction, lorsqu’il ne se fonde pas sur un apprentissage par association, implique aussi un mélange de changements conceptuels et cognitifs. Les enfants se servent de théories implicites pour donner sens à leur expérience ; les adolescents se mettent à construire "scientifiquement" une théorie, qui se définit dans ce contexte comme une théorie dont le but est de corriger, de compléter ou d’accroître la connaissance. 
Tandis que les enfants sont absolutistes dans leur approche de l’épistémologie, les adolescents s’engagent dans une argumentation, c’est-à-dire dans un processus dialogique où comparer logiquement des affirmations opposées. Lorsque cette dernière approche prend la relève, les prétentions absolutistes à la connaissance sont abandonnées et le développement se poursuit vers un haut degré de multiplisme ou de relativisme. 
Ces réponses, acquises dans l’adolescence et maintenues à l’âge adulte, sont parmi les causes les plus durables du comportement normatif. On peut les décrire comme une "institutionnalisation" personnelle de l’apprentissage. 
Dès que cette "institution" s’est faite, elle tend à suivre son propre mouvement : elle fonctionne comme une bureaucratie interne et dit à ses membres comment agir en certaines circonstances sans avoir à penser aux raisons de le faire, exactement de la même façon qu’ils apprennent à lire et oublient ensuite comment ils l’ont appris. 
La lecture, en tant que fondement de l’éducation occidentale, est peut-être le meilleur moyen d’acquérir cette structure stable d’institutionnalisation mentale. La façon dont nous apprenons à lire, donc, et, surtout, l’interrogation sur l’aide que notre lecture apporte à la diversité des interprétations ou, au contraire, à leur réduction, peut jouer le rôle de modèle pour la formation du comportement en d’autres domaines. Il peut également exister des fondements tout à la fois cognitifs et historiques à des comportements sociaux aberrants associés à des communautés ethniques, religieuses ou géographiques en désaccord avec les normes admises.
Quel est le prix de cette "dépense cognitive", et comment se règle-t-il ? Nous l’ignorons encore. 

Répondre à ces questions permettrait de commencer à limiter l'expression de l'intolérance et ces rencontres entre une offre de mort distillée par l'application littérale des textes coraniques en raison d'une interprétation unique proposée par Daesh et des théocraties musulmanes avec des sujets français errants. 

La liberté d'expression et la crise de l'Homme

L'histoire de l'humanité et de la France est jalonnée par des conflits entre, d'une part, la libre effervescence des pensées libres, fondement de la démocratie et de la tolérance et, d'autre part, l'oppression de modèles uniques de pensée qui conduisent au dogmatisme, aux attitudes fermées et à divers degrés de violences. 
Face aux autoritarismes en tous genres, l'idée d'une pensée ouverte aux opinions diverses est devenu un enjeu majeur de la société française et de la civilisation. Ce début de siècle est  paradoxal avec des progrès manifestes des droits de l'Homme (hommes, femmes et enfants) et de la démocratie mais aussi avec des centaines de millions de personnes victimes d'une intensification de massacres religieux et soumises à la contrainte oppressive de règles sociales imposées par des interprétations uniques de textes sacrés, ce qui conduit à l'intolérance. 
De même avec les injonctions de certains milieux LGBT et féministes sur comment draguer, comment regarder, comment appeler, quand changer de sexe, pourquoi la GPA est la liberté et non une marchandisation des corps, etc...

Les mécanismes de compréhension du point de vue d’autrui ne doivent pas être confondus avec les mécanismes permettant de réagir à ce point de vue. Notre capacité à changer de point de vue et à prendre en compte celui d’autrui n’est donc pas unitaire, mais recouvre un ensemble de dispositions psychologiques distinctes reposant sur des bases cérébrales spécifiques.


Quelle était la meilleure religion ?

Comme ils n'arrivaient pas à s'entendre, ils décidèrent de mettre un terme au débat par une ordalie. Ils s'attacheront leurs deux mains ensemble et placeront cette poignée de main sur le feu. Ils sont d'accord sur le verdict de l'ordalie : la main de celui dont la religion est la meilleure ne brûlera pas. Au bout d'un moment, il les retirent. Aucune main n'a brûlé. Elles sont intactes. L'ordalie a raté. 

Malik en conclut, non sans raison, que les gens vont penser que les deux religions se valent, qu'elles sont également bonnes et vraies, qu'il n'y a pas plus de raison de suivre l'une plutôt que l'autre. Malik rumine et retourne ces idées dans sa tête puis rentre chez lui très malheureux. Il prie et pleure. Puis tout d'un coup, au milieu de sa prière et de ses larmes, il entent une voix céleste qui lui dit : "Malik ne pleure pas, c'est la main de l'athée laïc qui a protégé ta main."

3 janv. 2020

Vanessa Springora, Bianca Lamblin et Cécile de Volange, l'histoire de la pédophilie féministe à la française ?

Lors de notre précédent article : La Pédophilie en France : la fin d'une omerta ?, nous avons traité ce sujet sous l'angle de la presse française et des abus sexuels sur enfant du 19 ème siècle à nos jours.

Le livre Le Consentement de Vanessa Springora défraie la chronique et toutes les féministes françaises sont sur le pont à crier avec la meute contre Gabriel Matzneff et les cercles littéraires qui l'accueillent et font de lui un écrivain édité par la Maison Gallimard. 

Pour les féministes françaises, la femme est sous domination masculine même si la domination masculine n'existe pas et elles sont prêtes à toutes les manipulations statistiques pour affirmer que la femme sans la féministe est une condamnée, incapable de reconnaître son statut de victime éternelle. 

Nous avons déjà consacré plusieurs articles sur les impostures et faillites des féministes françaises :





Revenons au débat suscité par Le consentement de Vanessa Springora ou de l'histoire du libertinage à la pédophilie et pédocriminalité en France.

En 1782, Pierre Choderlos de Laclos publie Les liaisons dangereuses mettant en scène trois protagonistes : le couple libertin composé de la Marquise de Mertueil et du Vicomte de Valmont et de leur proie Cécile de Volange, agée de 15 ans.
A cette époque, les rapports sexuels avec mineurs sans violence ne sont pas sont condamnés. Il faut attendre 1832 pour une condamnation si la personne mineure est âgée de moins de 11 ans. Il est fréquent dans le milieu aristocratique que des jeunes filles de 11 ans à 15 ans soient mariées à des hommes plus âgés.
Les meneurs de jeu sont ces libertins qui n'ont pour but que de séduire et arriver à leur fin avec les femmes qu'ils rencontrent. 
En un mot : collectionner les conquêtes. Mais les libertins apprécient aussi la compagnie de jeunes filles. 

« Déflorer une vierge, n'est-ce pas un projet plus excitant... »
La marquise de Mertueil

Imagine-t-on quel serait le livre écrit par Cécile de Volange, quarante ans après avoir été déflorée par le Vicomte de Valmont sur les conseils de la Marquise de Merteuil, amie de sa tutrice ?

Quelques siècles plus tard en France ... Simone de Beauvoir souvent considérée comme une théoricienne importante du féminisme, notamment grâce à son livre Le Deuxième Sexe publié en 1949, elle a participé au mouvement de libération des femmes dans les années 1970.

 « On ne naît pas femme, on le devient »
Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir, enseignante bisexuelle, a pour habitude de coucher avec de jeunes élèves du Lycée Molière où elle enseigne. Elle est dans ce qu'on appelle en 2020, un détournement de mineurs.

Est-ce pour cette raison que la Secrétaire d’État à l'égalité homme - femme, Marlène Schiappa a déclaré à propos de la femme d'Emmanuel Macron, le président de la République Française : « Brigitte Macron est la nouvelle Simone de Beauvoir » ?

Simone de Beauvoir a couché avec différentes élèves et elle en a partagé certaines avec son compagnon Jean-Paul Sartre.

Bianca Lamblin, le jouet sexuel de Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre tel qu'elle le raconte dans Mémoires d’une jeune fille dérangée (Balland, 1993), et c’est dans le vitriol qu’elle trempe sa plume comme on dit du livre de Vanessa Springora.

La ressemblance avec l'histoire entre Vanessa Springora et Gabriel Matzneff devient alors évidente, tout comme la continuité avec Les Liaisons Dangereuses.

« L’intelligence de son regard d’un bleu lumineux nous frappa dès le début », écrit Bianca Lamblin, qui porte alors son nom de jeune fille, Bienenfeld. « A seize ans, on est facilement ébloui », ajoute-t-elle.  

Vanessa Springora, directrice des éditions Julliard, l’auteure se souvient d’un « bel homme » au « physique de moine bouddhiste émacié », aux « yeux d’un bleu surnaturel » et à la présence « cosmique » dans Le consentement.

Vanessa Springora : « Par son statut d'écrivain, Gabriel Matzneff redoublait son entreprise de prédation par une exploitation littéraire de cette séduction et de possession des jeunes filles et jeunes garçons. Il utilisait la littérature pour continuer à assouvir ses pulsions ». Elle aurait pu rajouter comme elle est censée avoir une culture littéraire en sa qualité d'éditrice, à la manière d'une Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre s'appuyant sur leur aura littéraire et féministe pour mettre dans leur lit des jeunes élèves.

Après la mort de Simone de Beauvoir sont publiées les Lettres à Sartre, dans lesquelles Bianca Lamblin est nommée Louise Védrine, et une biographie de Beauvoir de Deirdre Bair qui révèle la véritable identité de Louise Védrine. Bianca Lamblin, humiliée et blessée par ce qu'elle découvre dans ces lettres, répond aux écrits posthumes de Beauvoir par une autobiographie intitulée Mémoires d'une jeune fille dérangée. Elle y décrit comme Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre ont abusé d’elle à l’âge de seize ans et écrit :
« J’ai découvert que Simone de Beauvoir puisait dans ses classes de jeunes filles une chair fraîche à laquelle elle goûtait avant de la refiler, ou faut-il dire plus grossièrement encore, de la rabattre sur Sartre. ».
Quant à Sartre, avec lui aussi la relation prit son temps au début, et fut philosophique avant de passer au lit, mais on le sent plus prédateur, car il est question de seulement quelques semaines, et pas de profiter d’une contingence de voyage, mais de planifier une défloration de la façon la plus directe et sciemment immorale possible (l’auteure parle de « muflerie »). Alors qu’il conduit Bianca dans sa chambre d’hôtel, il lui dit froidement : « La femme de chambre de l’hôtel va être bien étonnée, car hier j’ai déjà pris la virginité d’une jeune fille » (p. 55).

Conséquents dans leur perversion, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre signèrent des pétitions en 1977 appelant à la dépénalisation de la pédophilie, dénonçant la condamnation de trois hommes pour avoir eu des relations sexuelles avec des enfants de douze et treize ans.   

Dans l'affaire qui oppose Vanessa Springora à Gabriel Matzneff, ce dernier a publié de son vivant les lettres de Vanessa quand elle avait 14 ans où elle lui déclare son amour d'alors.
Cette publication vaut condamnation de la part de Marlène Schiappa qui le qualifie de pédocriminel, ce qu'elle ne fait pas pour Brigitte Macron.
Le camps des pro-pédophiles s'est appuyé en France sur les sciences sociales et la psychanalyse en avançant que l’enfant est un pervers polymorphe à la sexualité débridée. Ils expliquaient que le regard sur la pédophilie est une construction sociale et culturelle, donc arbitraire, soit qu'on pouvait s’en affranchir. 
Tout comme les féministes d'aujourd'hui s'appuient sur les sciences sociales pour expliquer que le genre et la parentalité sont une construction sociale pour vendre l'idée de la PMA / GPA et que chacun peut déterminer son sexe.


Par ailleurs, l'injonction à se considérer comme victime et à écarter toute personne ayant un vécu différent est à nouveau en marche. Si une personne ne déclare pas ne pas avoir été traumatisée par une relation dissymétrique, elle est considérée comme pro-quelque chose. Certains psychiatres regroupés en association de lutte contre les viols expliquent que tout viol laisse un traumatisme éternel, ce qui est faux mais c'est leur stratégie pour se créer une rente financière avec les subventions, peu importe qu'ils créent par ces discours de nouvelles victimes, qu'ils exigent le silence des voix discordantes comme n'importe quel mouvement sectaire et qu'ils mettent en place des statistiques dont les hommes violés disparaissent.

Que disent les féministes qui idolâtrent les pédophiles Simone de Beauvoir ou Colette à propos de Gabriel Matzneff ?

L'exemple de la franc-maçonne féministe Françoise Laborde :
 

La question du consentement n'est pas une problématique morale contrairement au traitement actuel mais une question de légalité, soit pour la justice,  un traitement au cas par cas.  La loi actuelle fait que la majorité sexuelle est à 15 ans, ce qui n'empêche pas des jeunes filles d'être une mère à 14 ans, elles ne sont pas avortées au nom du principe qu'elles ne peuvent être consentantes à la maternité à cet âge là.
La loi permet de condamner les détournements de mineurs et nous pouvons observer qu'en France, tout dépend de qui détourne : un homme ou une femme !

Pour conclure, l'événement littéraire qui ne sera pas relayé par les féministes françaises : l'ouvrage de Joffrine Donnadieu.

« Depuis dix ans, j'anime des ateliers d'expression et de théâtre dans deux hôpitaux, à Paris.

Le premier, à la Salpêtrière, concerne des enfants et des adolescents dépressifs, suicidaires, maltraités, parfois à la lisière de la schizophrénie. Le second, à Necker. 
A l'intérieur de ces ateliers, j'ai entendu beaucoup de témoignages d'enfants abusés par des femmes. Romy est une sorte de mosaïque de tous ces récits. » 
 Joffrine Donnadieu
Une histoire de France

28 déc. 2019

La pédophilie en France : La fin d'une omerta ?

"Déflorer une vierge, n'est-ce pas un projet plus excitant..."
La marquise de Mertueil

Actuellement un lynchage médiatique a lieu en France avec Gabriel Matzneff.


La prise en compte des crimes sur enfants est un phénomène plutôt récent dans l'histoire française. Elle est concomitante avec un mouvement de réflexion globale de la société sur l'enfance. C'est à la fin du 19e siècle que la société s’intéresse au travail des mineurs et commence à réfléchir à une législation spécifique aux droits de l'enfant.

La manière dont la presse relate les abus sexuels sur mineurs comprend quatre grandes phases :

1 - De 1880 à 1920 : le temps des accusations
2 - De 1920 à 1970 : le temps du reflux
3 - La révolution sexuelle des années 1970 : Il est interdit d'interdire
4 - Le tournant des années 1990 avec une condamnation sans appel de cette pratique ou presque.

De 1880 à 1920 : Le temps des accusations

La presse relate les abus sexuels et les mauvais traitements sur enfant. Le journal La Dépêche consacrera même une rubrique nommée Les Satyres en 1910. Si la presse française a eu du retard dans l'exposition des viols et des attentats à la pudeur, cette médiatisation des affaires a participé à une prise de conscience populaire.

En 1898, une loi est votée en France sur la répression des violences, voies de fait, actes de cruauté et attentats commis envers les enfants.

Les crimes des satyres commis sur les garçons et les filles posent déjà la question du consentement avec la formule : "Victime ou complice ?" mais uniquement pour les filles et non pour les garçons.
En effet, très rapidement, les crimes sur enfant sont essentialisés et la pédophilie féminine est largement excusée. La naturalisation de cette criminalité provient essentiellement des milieux médicaux et judiciaires. L’expertise psychiatrique et l’évaluation sociale du crime sexuel sur enfant (France, XIXe-XXe siècles)

La presse distingue alors deux types de faits : les abus sexuels sur enfants hors cercle familial avec l'émergence du stéréotype du seul prédateur pédophile, la prédatrice est oubliée et les abus sexuels incestueux où la responsabilité des enfants est interrogée et est sujette à caution. Pour les garçons abusés par des femmes pédophiles, l'absence de traces corporelles rend leur témoignage encore suspicieux et leur parole est largement étouffée et prête à rire.

Si la presse abreuve en détails son lectorat pour les autres crimes, elle est dans une économie du silence concernant les crimes sexuels sur enfant où les services d'investigation sont aux abonnés absents. Les criminels n'ont pas la parole et encore moins les enfants.

En 1904, le Parlement fait voter une loi concernant «l’éducation des enfants difficiles et vicieux de l’Assistance publique», ceux qui, précisément, avaient subi des sévices sexuels.

De 1920 à 1970 : Le reflux

Le silence sur ces crimes augmente, ils sont évoqués quand l'enfant décède sinon ils font l'objet d'une dépêche lapidaire. La parole des enfants est toujours largement sujette à caution. Lorsqu’en 1960, André Le Troquer, ancien président de l’Assemblée nationale, est condamné avec 23 personnes pour ce que la presse appelle alors une affaire de « Ballets roses » la moralité des jeunes filles est examinée de très près, puisque « certaines, il est vrai, abusaient des maquillages et des décolletés » affirme Le Parisien libéré.

Les crimes sur enfant sont davantage condamnés comme un outrage à la société que pour les impacts qu'ils ont sur les enfants. Le traitement est avant-tout moraliste, les enfants disparaissent des scènes de crime, ils sont invisibilisés. 

1970, la révolution sexuelle : Il est interdit d'interdire


Avec leurs écrits Gide, Montherlant ou Roger Peyrefitte ont célébré les pratiques pédophiles au nom de la liberté.
Et c'est au nom de la libération des mœurs, du droit à la différence des « amours minoritaires » et de la contestation de l’ordre bourgeois, que Libération accueille Tony Duvert et Gabriel Matzneff, interviewés par Guy Hocquenghem.
Les livres de Tony Duvert décrivent des activités pédophiles sans dissimuler, et même en revendiquant leur caractère autobiographique. Descriptions de scènes de drague, de fellation, de sodomie avec enfants, tout ceci est contenu dans cette littérature, bientôt promue par Le Gai pied, journal des homosexualités, dont le numéro 0 paraît en février 1979. Tout est mis sur le même plan, au nom du droit à la différence : amours libres, couples informels, homosexualité, zoophilie, pédophilie. 
En 1980, Roland Jaccard salue, dans Le Monde des livres, la dernière publication de Tony Duvert, L’enfant au masculin, avec ces mots : ce livre « traite d’un sujet qui chagrine les familles, indigne les vertueux, dérange les plus permissifs et choque même les professionnels du scandale : la pédérastie ». Et Jaccard loue cette « pensée si généreuse » qui débusque les « hypocrisies ».
Enfin, en 1981 encore, Philippe Sollers mêle critique et louanges à propos du dernier livre de Gabriel Matzneff. Reconnaissant en lui un libertin métaphysique, qui « réinvente la transgression, le scandale en se lançant à corps perdu dans l’aventure qui ne peut pas ne pas révulser la loi : la chasse aux mineurs », il ajoute : « Ce dernier point est probablement inacceptable. Il m’est complètement étranger. Je ne juge pas, je constate. Je vois que cela a lieu. J’essaye de comprendre cette fantaisie obstinée, peinte par ses illustrateurs comme un paradis ».

1982 : Affaire Coral
L’affaire du Coral dite également affaire du lieu de vie, ou affaire des « ballets bleus du Coral » est une affaire d'abus sexuels sur mineurs. Très médiatisée à l'époque, l'affaire se signale par la mise en cause de plusieurs personnalités publiques, Gabriel Matzneff, Écrivain, Jack Lang, Ministre de la Culture,  Jean-Pierre Rosenczveig, Président du Tribunal pour Enfants de Bobigny, René Schérer, universitaire Paris 8 ce qui donne alors lieu à des soupçons de manipulation d'origine politique ou policière. 


Les revendications liées à la sexualité des mineurs sont d’abord apparues, après Mai 68, comme des revendications d’émancipation par rapport à des infractions, comme le détournement de mineurs pour lequel a été condamnée Gabrielle Russier, dénoncées par les militants comme des protections des familles et de leur pouvoir sur les enfants (Artières, 2008).


Ces revendications ont trouvé un lieu d’expression dans les mouvements homosexuels émergents : des groupes ont en effet décidé de rompre avec le registre d’action de l’association Arcadie qui, depuis les années de la Libération, défendait l’idée d’une organisation homosexuelle centrée sur la discrétion et la respectabilité (Jackson, 2006 ; Sibalis, 2010). Le Front homosexuel d’action révolutionnaire affirme ainsi la possibilité d’une expression et d’une visibilité des pratiques homosexuelles. L’animateur le plus connu du FHAR, Guy Hocquenghem, a raconté la naissance du mouvement au Nouvel Observateur en 1972 en faisant le récit de sa propre expérience militante. Lui-même homosexuel,  il a pour amant son professeur René Schérer, il est entré en politique au lycée, dans le cadre des Jeunesses communistes. Entré à l’École normale supérieure, il rejoint l’Union nationale des étudiants de France et écrit des articles pour l’organisation trotskiste de la Jeunesse communiste révolutionnaire. Militant d’extrême gauche et homosexuel, il explique qu’il vit alors une douloureuse double vie. Il participe à mai 68 dans lequel il voit « une rupture au sein du mouvement révolutionnaire ». Mais il constate que le mouvement refuse d’aborder réellement la question homosexuelle. Après mai 68, Guy Hocquenghem est exclu de la Jeunesse communiste révolutionnaire et se rapproche des maoïstes de Vive la révolution ! Leur journal Tout ! annonce une réunion régulière aux Beaux-Arts : « à la première nous étions une trentaine. Le jeudi suivant, une centaine, et, au moment des départs en vacances, un millier. On est venu nous trouver. On a reçu des centaines de lettres ». Le Désir homosexuel, son livre-manifeste de la « révolution » homosexuelle est considéré aujourd'hui comme l'un des textes fondateurs de la théorie queer.

Un rappel de la législation française
Le Code de 1810 ne fixait pas de majorité sexuelle et ne comportait pas d’incrimination spécifique concernant la sexualité avec des personnes mineures. En 1832 fut créé l’attentat à la pudeur sans violence, qui punissait les relations sexuelles avec des mineurs de moins de 11 ans. Une loi de 1863 fit monter cet âge à 13 ans et une ordonnance de 1945, à 15 ans. 
Une législation d’un type nouveau est adoptée en 1942 par le régime de Vichy, qui incrimine les relations homosexuelles avec des mineurs. Cette « dégradation » (Jackson, 2006, 153) de la situation des homosexuels fut confirmée par un décret du 8 février 1945, et devint l’article 331, alinéa 3 du Code Pénal. 
Cela signifiait, par conséquent, que « l’âge de la majorité sexuelle était de 15 ans pour les hétérosexuels et de 21 ans pour les homosexuels » (Jackson, 2006, 153). 
Des analyses actuelles pointent ce qui forme, selon elles, le fonds d’erreur des militants pour l’abrogation de la majorité sexuelle. Les propos tenus par Foucault en 1979 sont souvent cités pour illustrer ce point : « De toute façon, expliquait-il alors, une barrière d’âge fixée par la loi n’a pas beaucoup de sens. Encore une fois, on peut faire confiance à l’enfant pour dire si oui ou non il a subi une violence ». 
En poussant à l’extrême la logique du consentement, Foucault aurait oublié que « l’alternative entre la violence et le consentement fait ici l’économie d’un troisième terme, qui ne se confond ni avec l’un, ni avec l’autre : le pouvoir » (Fassin, 2002). La compréhension des rapports de force, en particulier du déséquilibre structurel de pouvoir entre adultes et enfants, impose de définir la liberté des enfants en déterminant ce à quoi ils ne peuvent pas consentir, de la même façon que le déséquilibre de pouvoir entre patron et employés fait que l’apparence du consentement n’exclut pas la constitution du harcèlement sexuel (de Singly, in Verdrager, 2013, 10).
Pour appuyer les revendications d’abrogation des lois discriminatoires, les militants défendent les personnes poursuivies pour des relations sexuelles avec des mineurs, en particulier dans le cadre du Comité d’urgence anti-répression homosexuelle (CUARH), mais aussi en sollicitant de plus larges soutiens. En janvier 1977 paraît dans Le Monde une tribune en défense de personnes placées en détention provisoire pour des relations sexuelles avec des mineurs de moins de 15 ans. Parmi les signataires, on trouve des militants connus (Jean-Louis Bory, Pierre Hahn, Jean-Luc Hennig, Guy Hocquenghem, Françoise d’Eaubonne, Gabriel Matzneff, René Schérer), des écrivains (Pierre Guyotat, Louis Aragon, Francis Ponge, Roland Barthes, Simone de Beauvoir, Philippe Sollers), des artistes (Patrice Chéreau) des médecins (Bernard Kouchner), des philosophes (François Châtelet, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Jean-Paul Sartre, Jean-François Lyotard). Cette pétition montre que le refus de la répression permet de rassembler des personnes aux engagements politiques différents, autour de la notion centrale de consentement aux relations sexuelles.

Les pédophiles, des amis de la famille ?
Une statistique américaine qui porte sur les pédophiles (homosexuels et hétérosexuels) condamnés comme agresseurs d’enfants, dévoile un fait curieux : l’enfant n’a pas rencontré son agresseur à la sortie de l’école, à la piscine ou dans un square, mais à la maison. C’était un ami de la famille, pour environ 60 % des cas.
On met les bambins en garde contre tous les dangers du monde extérieur, on leur dit : N’écoute pas les messieurs dans la rue, ne va pas en voiture, refuse les bonbons, rentre vite chez nous ! … -
Et c’est là qu’il attend, le vilain monsieur. Rien de surprenant. L’ami de la famille est un ami des parents. Il tente et réussit son coup parce que l’autorité parentale le protège aux yeux de l’enfant : c’est donc dans les familles où les enfants seront le plus soumis à cette autorité que l’agresseur sera le plus à l’aise. Milieu conservateur, patriarcal. L’idée même de contraindre un enfant à des relations sexuelles suppose, chez notre pédophile agresseur, la même mentalité patriarcale » (Duvert, 1980, 43).
Affirmer la possibilité du consentement des mineurs, distinguer la sexualité avec les mineurs du viol, sur majeurs ou mineurs, renvoyer la responsabilité des violences les plus fréquentes sur les enfants au milieu familial, ces trois lignes d’argumentation visent à défaire la rationalité pénale qui s’applique à la pédophilie, en montrant qu’il s’agit d’un crime sans victime. C’est en ce sens qu’est rédigée la plate-forme revendicative d’un éphémère Front de libération des pédophiles, que Libération publie en mai 1977.

Le tournant des années 1990 : la condamnation ou presque

L’émission de Mireille Dumas Bas les masques, consacrée au printemps 1995 à l’enfance maltraitée. Le soir même de l’émission le thème était évoqué au journal télévisé de 20 heures par un journaliste parlant de 4 000 cas d’abus sexuels commis (entendons dénoncés) pour la seule année 1994.

Pour la première fois, un média évoque les effets de la pédophilie sur les enfants, laissant aux témoins le soin de dire leur mal être, leur incapacité à oublier, à se construire une vie heureuse et équilibrée. À partir de cette date, les médias sont plus soucieux de mesurer le phénomène et de dénoncer l’exploitation sexuelle des enfants. On hésite également moins à reconnaître que, bien souvent, c’est la famille qui est le grand pourvoyeur des abus sexuels. On se met à parler en abondance du commerce de la pornographie infantile, de la prostitution et du trafic d’enfants. Ceci explique la mobilisation des médias autour de l’affaire Dutroux en 1996, alors même que le sujet était déjà devenu depuis plusieurs mois un de ces thèmes porteurs dont les magazines aiment à alimenter leurs pages ou leur heure d’antenne.

Les années 1980-1990 forment également une rupture en matière pénale. Le nombre de personnes condamnées pour des violences sexuelles contre les mineurs s’est accru.
« Si les condamnations pour viol ont augmenté de 82 %, les circonstances qui caractérisent le crime sont ici déterminantes. C’est l’augmentation de ces condamnations pour viol sur mineur de moins de quinze ans ou pour viol par un ascendant de la victime qui explique, à elle seule, la progression constatée. Avec 578 cas, ces condamnations sont presque six fois plus nombreuses en 1993 qu’en 1984. Elles constituent désormais plus de la moitié de l’ensemble des condamnations pour viol. » (Burricand, Monteil, 1996).

La fin de l'omerta ? Pas si sûr...

2013 : Yasmine, 12 ans, et sa professeure, 30 ans : récit d'une passion interdite, publié dans Le nouvel Obs, le traitement sémantique marque la séparation entre la pédophilie masculine décriée et féminine expliquée. C'est le même verbatim que Gabriel Matzneff pour minimiser les faits.

2017 : La France découvre le candidat à la présidentielle française Emmanuel Macron en même temps que son histoire personnelle avec  sa rencontre avec sa professeure de français âgée de 39 ans Brigitte Trogneux quand il avait 14 ans.

2018 : TED : La pédophilie, une orientation sexuelle ? 
Mirjam Heine est allemande, étudiante en médecine, et elle voudrait changer le regard sur les pédophiles. C’est au cours d’une conférence TED donnée à l’université de Würtzberg en Allemagne qu’elle a affirmé, devant un auditoire, que « La pédophilile est une orientation sexuelle inchangeable, au même titre que… l’hétérosexualité ».

2019 : L'étude scientifique de la pédophilie et de la pédocriminalité demeure un des parents pauvres de la recherche psychiatrique. «Il y a peu de recherches sur les causes de la pédophilie en comparaison, par exemple, avec les travaux menés sur l'étiologie de la schizophrénie», confirme Ray Blanchard, qui a supervisé la section du DSM-5 traitant des paraphilies

En France, une étude est lancée mais uniquement sur l'inceste. 
Pourtant publiquement réprouvées, les violences incestueuses perdurent : 5 à 6 % des enfants sont victimes d’agressions sexuelles d’un proche. A la croisée des études socio-historiques, juridiques, anthropologiques, le projet de recherche pluridisciplinaire DERVI renouvellera la connaissance de l’inceste en se focalisant de manière novatrice sur sa divulgation, sur sa pratique et sur ses liens avec le groupe social. 

DERVI étudiera ce moment primordial du dévoilement de l’inceste à des échelles (familles, réseaux institutionnels, médias), en des contextes (familial, judiciaire, administratif, médiatique, littéraire), suivant des modalités (révélation, dénonciation, témoignage, signalement, détection, récits, « affaires ») et avec des répercussions (indignation, indifférence, déni, scandale) variables.
Qui dit ou montre quoi ? A partir de quand ? Qui entend quoi ? Qui en rend compte ? Quelles sont les modalités du dévoilement de l’inceste ? Comment est-il accueilli ?
Les réponses à ces questions aideront à comprendre ce qui permet ou empêche de dire, entendre et restituer l’inceste aujourd’hui.

Dans ce but, DERVI propose de désenclaver l’inceste. Il s’agira :
1. De placer l’inceste sous un éclairage interdisciplinaire
2. de permettre aux anthropologues de replacer les violences incestueuses actuelles dans la diachronie
3. de se défaire de la représentation courante de l’inceste comme acte extraordinaire pour mettre au jour son caractère ordinaire
4. de ne pas isoler l’inceste, mais le situer dans le cadre des autres violences à l’égard des enfants 
5. de penser l’inceste au sein d’une configuration plus large en dépassant le couple attendu fille victime/père agresseur, et de prendre en compte la diversité des agresseurs ainsi que le voisinage.

DERVI associera les terrains ethnographiques longs et les approches historiques, fondées sur l’analyse qualitative et quantitative. Il réalisera ses objectifs au travers de 4 tâches :
1. comprendre la révélation de l’inceste et sa prise en charge dans le contexte contemporain de la protection de l’enfance dans une cellule de recueil des signalements, à l’Aide sociale à l’enfance et au tribunal pour enfants (terrains ethnographiques contemporains)
2. comprendre les violences incestueuses en contexte judiciaire en interrogeant les spécificités juridique, pénale et socio-culturelle dans une perspective comparatiste et dans la longue durée (doctrine pénale, législation et archives judiciaires, 18e-21e siècles)
3. comprendre les interprétations médicales de l’inceste et leur diffusion dans l’espace public à travers l’étude du discours médical produit sur les violences incestueuses depuis l’émergence de la médecine aliéniste jusqu’à nos jours (rapports d’expertise et théorie médicale, discours médical dans les médias et la littérature de témoignage, 18e-21e siècles) 
4. comprendre les violences incestueuses dans leur dimension sociale et culturelle à partir de l’analyse de leur réception dans l’espace public (témoignages et discours médiatiques sur l’inceste ; 19e-21e siècles).

DERVI garantira la valorisation et la dissémination des résultats tant auprès de la communauté académique et scientifique, qu’institutionnelle, civile (Education Nationale, brigades des mineurs, protection de l’enfance, associations de victimes, etc.), médiatique et politique. Il permettra de réinsérer l’objet inceste dans le domaine des sciences sociales et apportera de nouvelles manières de l’investir. Ses résultats aideront les acteurs de la prévention à renouveler leurs pratiques et messages d’informations, et à penser de nouveaux moyens de détection et de prévention. Ils éclaireront l’action publique, ainsi que les élus et représentants politiques amenés à prendre des décisions et à refondre les lois pour endiguer les violences incestueuses. 

Le projet DERVI contribuera par ce biais à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants, objet de mobilisation à l’échelle mondiale.

 Cohn-Bendit se dédouanant à la façon d'un Matzneff
@annesobru : art, culture, Japon, photo, ciné . histoire de l’art paris I. Com/presse .

 


Blanche Gardin aux Molières 2017


Desmond, 11 ans, égérie Queer

 Lyès Louffok sur l'enfer des foyers 
où sont placés plus de 300 000 enfants


« Jamais je ne pus m’empêcher de répondre présent aux brusques appels de solitude et de silence où me plongeait la présence de l’humanité criante, hurlante, jacassante, piétinante, avançant en nations pour tuer ou s’amassant en foule désordonnée pour voir tuer. 
Rares les fois où je n’ai pas précipité mon départ avec imprudence. 
Ceux qui me voient m’éclipser en un instant supposent à tort que l’angoisse commande cette fuite soudaine. 
C’est pire que l’angoisse : c’est le sentiment de l’humanité. »
Pascal Quignard, La Barque silencieuse

24 déc. 2019

Les 23 questions pour déterminer la violence de Marlène Schiappa : Le Grenelle des violences imaginaires

La blogueuse Marlène Schiappa devenue secrétaire d'état en France continue de nuire à l'égalité Homme-Femme et à réifier la femme comme une chose vulnérable qui ne peut être qu'une éternelle victime d'un patriarcat imaginaire. 

D'un Grenelle censé lutter contre les violences conjugales, Marlène Schiappa en a fait un Grenelle luttant contre les hommes hétérosexuels comme nous l'avions expliqué dans l'un de nos articles.

En effet, comme l'a rappelé le magazine l'Express, quid des violences entre homosexuels  où les lesbiennes trustent la première place des couples violents devant les couples d'homosexuels hommes et les couples hétérosexuels.
De plus, toutes les études scientifiques montrent que dans le cadre des violences conjugales les femmes comme les hommes sont violents à parts égales. Il n'y a pas plus d'hommes violents que de femmes.
De l'étude Steinmetz en 1970, Amdt en 1982, Walker et Brown en 1985, Ferraro et Johnson en 1983, Marshall en 1992, Lye et Biblarz en 1993, Archer en 2000, Addis et Mahalik en 2003, Miller et White en 2003, Galdas et al en 2005, Sweeney en 2007.
En revanche, les femmes commettent davantage d'infanticides que les hommes et la justice, où 80 % des magistrats sont des femmes, est plus clémente avec les femmes qu'avec les hommes.


Ces résultats scientifiques sur les violences conjugales sont contre-intuitifs pour le citoyen lambda en raison de la communication sur la mortalité des femmes supérieure aux hommes par la non prise en compte des décès par suicide dans le contexte de violences conjugales.

Le gouvernement vient de mettre en place un questionnaire auprès de la police française afin, soi-disant, de mieux prendre en charge les plaignants de violences conjugales et non les victimes puisque ce mot induit que la personne est déjà déclarée non responsable ni co-responsable de la situation.

Nous allons démontrer en quoi ce questionnaire de 23 questions est une aberration scientifique, au-delà que les questions ne sont pas neutres puisque orientées sur les femmes. La police devra-t-elle faire un questionnaire pour les hommes blessés physiquement ou psychologiquement lors de violences conjugales  comme lors d'un chantage à la garde d'enfants en cas de séparation fait par la femme qui sait qu'elle peut s'appuyer sur les décisions de justice majoritairement en sa faveur ?

Selon l'étude du gouvernement français en 2013 : Dans le cadre de ces 6 042 décisions définitives, la résidence chez la mère a été prononcée dans 71 % des situations, la résidence en alternance dans 17 % des situations, la résidence chez le père dans 12 % des situations et la résidence chez un tiers dans 0.1%.
 
Ce questionnaire Schiappa signe la fin de l'égalité dans la prise en charge des plaignants et de la présomption d'innocence tout en instaurant une présomption de culpabilité.


Toute méthode de recueil d'informations comporte des biais, nous allons dans un premier temps expliciter ces biais de manière générale puis effectuer un focus sur les biais que cela va induire auprès des OPJ, officiers de police judiciaire.

De façon globale, les biais sont de quatre ordres :

1 - Les biais cognitifs : la perception, l'attention, la mémoire, le langage et le raisonnement.
2 - Les biais affectifs : les sentiments et les émotions.
3 - Les biais méthodologiques : liés aux erreurs de recueil de l'information.
4 - Les biais socio-culturels : Les relations sociales et culturelles dans lesquelles les personnes évoluent et évolueront.

Un biais de méthode avec une question mal formulée, polysémique peut être lié à un biais cognitif  en raison d'un mauvais raisonnement ou d'un langage inadéquat mais il peut aussi renvoyer à un biais socio-culturel en raison de l'importance de telle valeur ou tel précepte religieux ou de questions socio-professionnelles pour les couples travaillant ensemble.
Un biais socio-culturel comme les stéréotypes ou les préjugés passe par la perception ce qui mobilise la mémoire.

L'ensemble de ces biais peuvent se manifester aussi bien consciemment qu'inconsciemment et autant chez la personne questionnée que chez celle qui recueille l'information.

Les principaux effets des biais :

1 - Les effets des biais méthodologiques
Un recueil d'information insuffisant ou incomplet, une mauvaise formulation des questions et un excès de questions ouvertes vont provoquer lassitude de la personne interrogée, déclencher un comportement d'évitement ce qui amène à une exploitation plus difficile des données délivrées.

2 - Les effets des biais affectifs
Une déformation du jugement entraînée par l'influence des états affectifs sur les processus de raisonnement et d'évaluation. Les émotions interfèrent avec le jugement de la personne sur sa situation.

3 - Les effets de biais de désirabilité sociale 
Le comportement de la personne interrogée est influencée par la volonté de se montrer sous une facette positive lorsqu'elle est interrogée et observée. Elle est motivée par une valorisation liée au fait d'être un sujet d'intérêt (Effet Hawthorne).

4 - Les effets de biais de confirmation
Une tendance naturelle pour les individus à privilégier les informations qui confirment leurs idées préconçues, leurs hypothèses et à accorder moins d'importance aux points de vue jouant en défaveur de leurs conceptions et objectifs.

5 - Les effets de biais d'auto-complaisance
Une tendance des individus à attribuer la causalité de leur réussite à leurs qualités propres (causes internes) et leurs échecs à des facteurs ne dépendant pas d'eux (causes externes).

6 - Les effets de biais d'handicap intentionnel
Une stratégie consistant à mettre en avant des obstacles à sa propre réussite dans l'optique d'un échec futur pour éviter des interprétations causales.

7 - Les effets de primauté ou de récence
 La personne donne une importance exagérée à ce qui se passe au début (primauté) ou à la fin (récence) du recueil d'information

8 - Les effets de Halo
Une des caractéristiques de la personne qui détient l'information influe favorablement ou défavorablement  la perception totale et globale de celui qui recueille l'information.

9 - L'effet de fixation de l'objectif
La personne reste focalisée sur son objectif sans communiquer sur la globalité de la situation.

10 - Les effets de biais de similarité et de différence
Considérer que la personne qui recueille l'information sera plus favorable si elle est identique à soi et plus défavorable si elle est différente.

11 - Les effets de soumission au groupe
Une personne interrogée peut être influencée par les réponses préalables des autres membres de son groupe même si cela ne lui convient pas.

Les biais que nous avons listés sont des biais propres à tous les individus, ils sont présents de manière plus ou moins marqués suivant le contexte. Dans le cadre des violences conjugales, nous pouvons déjà observer l'impact qu'ils peuvent avoir dans une enquête policière puis devant un tribunal.

Pour les OPJ, officiers de police judiciaire, ils considèrent qu'un témoignage exhaustif et exact est un facteur déterminant pour la réussite d'une enquête.

A première lecture du questionnaire des 23 questions décidées par Marlène Schiappa et Christophe Castaner, nous pouvons constater que les biais sont plus importants que la recherche de vérité, pourquoi ?

Tous les récits comportent toujours des erreurs et des oublis et ce pour deux raisons majeures :

1 - Les défaillances des témoins 

2 - Les défaillances méthodologiques de la police française.

Quel est le protocole de la police française lors d'un dépôt de plainte ?

L'OPJ est censé faire une brève présentation afin de réduire l'anxiété de la personne interrogée.
Cela nous renvoie aux biais affectifs de la personne venant déposer plainte.

Ensuite, l'OPJ est censé demander un rappel libre des faits afin de ne pas orienter le témoignage,  d'interférer avec les souvenirs de la personne.

Or, selon l'étude de 2001 de Ginet et Py, seules 14 % des auditions comportent un rappel libre des faits. Et lors de ces rappels libres, près d'un tiers des personnes sont souvent interrompues à une fréquence élevée par l'OPJ ce qui va influencer la personne interrogée dans son récit de témoignage.

Pourtant, les études montrent et démontrent que le rappel libre des faits contient moins d'erreurs de témoignages que les questions fermées comme celles du questionnaire des 23 questions.

Les questions spécifiques nuisent à la qualité du témoignage en focalisant la mémoire sur certains aspects ce qui d'une part peut remanier le souvenir en faveur du sens que la personne interrogée désire et ce qui oriente l'enquête.

Toujours selon l'étude Ginet et Py de 2001, les OPJ posent huit fois plus de questions fermées qu'ouvertes  avec 30 % de questions dirigées donc biaisées et 12 % de questions négatives.

Conseils pour les prochains ministres de l'égalité Homme - Femme et de l'Intérieur, soucieux de la vérité et des travaux scientifiques.

Des solutions existent afin de faciliter le travail des enquêteurs de la police française comme un plus grand usage d'un rappel libre où l'OPJ veillera à une remise en contexte mental, soit de penser aux élèments environnementaux, émotionnels et humoraux de la personne interrogée.
A l'issue du rappel libre de faire un changement narratif dans différentes temporalités avec des changements de perspective selon plusieurs angles de vue.
Ainsi, le recueil d'information permet d'avoir 30 % d'informations supplémentaires et cela limite les affabulations de la personne interrogée.

La parole étant inséparable de ses conditions de profération, il est indispensable de s’intéresser aux circonstances du dévoilement des faits et au contexte familial, ce qui suppose un minimum d’expertise du fonctionnement familial. De nombreux travaux de recherche ont porté sur les allégations d’abus sexuels dans le cadre des procédures judiciaires de séparation des parents. 
Elles sont le plus souvent le fait des mères (71%) dans l’étude récente de Bala et Schuman, un peu moins des pères (17%) et rarement des enfants eux-mêmes (9%). 
Même si elles sont en augmentation ces dernières années, représentant selon les auteurs entre 2% et 10% des procédures judiciaires de séparation,  les allégations d’abus sexuels à l’encontre de l’un ou l’autre des parents restent finalement assez minoritaires. Dans l’étude québécoise de Thoennes et Tjaden, seulement la moitié des 129 situations d’abus allégués s’est avérée fondée.

Merci de votre attention



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